HONFLEUR

 

André Lévy

  

 

André Lévy est un voyageur : né en 1950, il grandit et fait ses études à Paris, où il fait une thèse sur la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme en Orient. Puis son amour des lettres et des langues orientales (sanskrit et araméen) le conduit, entre autres, en Inde, au Canada, au Moyen-Orient.

Il rencontre Madame Gandhi, Mère Térésa, Elie Wiesel, Mgr Lustiger…

Il se passionne pour l’origine et l’histoire des mots et des religions, remontant aux premiers textes connus, 9 000 ans avant Jésus.

Il mène des recherches archéographiques sur l’origine de notre alphabet.

 

 

 

Avertissement de l’Auteur

Depuis l’Antiquité nous recevons de nos maîtres des leçons de mathématiques, de médecine, de musique, de philosophie…

Plus proches de nous sont les leçons de littérature, de peinture, de langue…

Avons-nous jamais reçu de véritable leçon d’alphabet?

Qui nous a expliqué pourquoi le A, le B, le M, nos vingt consonnes et nos six voyelles étaient formés de la sorte?

Ni le tolérant Rousseau, ni le cynique Voltaire, ni Hugo l’inspiré.

Venez! Découvrons ensemble dans cette Leçon d’Alphabet l’origine et l’évolution de nos lettres. Partons à la recherche archéographique de chacune d’elles.

Ainsi nous comprendrons mieux la relation entre le M et l’eau, le C et les qualités du chameau, le E (même muet) et la grandeur de son souffle…

Autrefois l’enfant était fêté lorsqu’il connaissait son alphabet.

Savez-vous que l’organisation de ces signes et symboles en écriture nous a laissé les plus belles images?

Bonne leçon à vous tous.

André Lévy.

 

les Histoires de Mots d’André Lévy

Cadeau

Ce mot de cadeau a une bien jolie histoire. Il vient du latin caput (« tête ») devenu capitalis qui, débutant par la calligraphie, a naturellement désigné la première lettre, la capitale. Dans les textes anciens, cette lettre était fortement enjolivée. L’idée d’ornement a évolué en superflu puis en divertissement offert à une dame (Molière). Enfin, à partir du XVIIIe siècle, elle est devenue le cadeau que nous connaissons.

Le latin caput est à l’origine de plusieurs mots français… Chef  date du IXe siècle. Il est entré dans notre langue sous la forme chief et désigne depuis le XIIIe siècle celui qui est à la tête. L’anglais en a conservé une forme très proche puisque l’un des mots pour chef est chief. Achever vient du latin populaire accapare — rien à voir avec accaparer — qui signifie « arriver à chef, à la fin ». Capitaine, qui signifie au Moyen-âge « chef militaire », s’est élargi à « gouverneur, officier, patron, lieutenant de vaisseau, chef d’une équipe sportive, d’une grande entreprise ». Chavirer, qui date du XVIIe siècle, signifiait en provençal « tourner la tête en bas » (capvirar).

De là à en conclure que le cadeau du chef vous rendra kaputt (« abîmé », « cassé » en allemand)…

 

Candidat

Pour espérer prétendre à des fonctions publiques, qu’elles soient communales, régionales, nationales ou européennes de nos jours, il faut être blanc. Tout au moins s’habiller en blanc, car c’est ce que faisaient les premiers candidats dans l’Antiquité, qui étaient tout de blanc vêtus, donc pleins de candeur, prêts à défendre leurs couleurs – fût-ce le blanc!

Carafe

La carafe vient de l’arabe carafa et signifie, depuis l’origine, « quantité d’eau puisée dans la main ». Les mains ne forment-elles pas la première carafe?

Cocktail

Le mot est d’origine anglaise, et plutôt argotique. Il s’agit d’une boisson, mélange d’alcools, qui est servie lors des réceptions mondaines. Ces réceptions ont elles-mêmes pris le nom de cocktails.

Nos amis les Anglais étant extrêmement sensibles à la sélection naturelle, et plus particulièrement à celle des chevaux, soumettent leurs trotteurs et leurs galopeurs à des épreuves impitoyables pour améliorer la race.

Les chevaux de race conservent une queue qui flotte au vent, alors que les chevaux plus ordinaires ont la queue coupée. La petite touffe de crin restante est comparée, par un humour proprement anglais, à la queue du coq. On peut dire alors que les chevaux sont « queue-de-coquisés ». En anglais, tail signifie « queue » ; la queue du coq devient cocktail. Un mot est né, qui sert d’abord à nommer les hommes de mœurs et d’origine aussi douteuses que les chevaux bâtards, puis s’attaque aux mélanges d’alcools : whisky, cognac, gin… que l’on prépare dans un shaker.

Écharpe

Pour comprendre l’histoire de ce mot, il nous faut faire un long voyage à pied, tout comme les pèlerins sur la route de Compostelle. Cette route était longue, de Paris à Saint-Jacques-de-Compostelle, en passant par Saint-Jean-Pied-de-Port, Pampelune, Burgos, Ponferrada, Arzua… Les pèlerins passaient les provinces basques, la Vieille Castille et les Asturies jusqu’à la « fin de la terre ». Ils portaient en bandoulière leur besace faite à l’origine en jonc (scirpus en latin), sorte de panier.  Le mot est devenu skirpja ou skarpa en francique, puis escherpe en ancien français. Ce panier sur la hanche du pèlerin, au départ aussi essentiel que le bâton à la main, évolue peu à peu. Le jonc cède la place à la laine, la soie, et prend des goûts de luxe en changeant de propriétaire. A partir du XIIIe siècle il signifie « bande d’étoffe portée  en bandoulière ou autour du cou » et se nomme écharpe.

Au fait, savez-vous que la lettre E vient de l’homme en prière ? Pour le pèlerin, il est bienheureux que le mot écharpe en compte deux…

Mimosa

Que fait une fleur sans pétales pour danser au vent? Elle mime. Le mot est lâché. L’origine de mimosa remonte en effet aux comédiens de l’Antiquité qui, paraît-il, étaient moqueurs, farceurs, bouffons et paillards. Ils gesticulaient beaucoup, particulièrement en dansant aux enterrements des grands de ce monde.

Le mimosa a la caractéristique de se contracter comme un mime, d’où son nom, de mimus (le mime) en latin. Impossible à effeuiller comme sa sœur la marguerite, allez donc savoir ce que pense une fleur sans pétales !

Miroir

De l’araméen merraaya, devenu mira en espagnol (mirar signifie  regarder). A l’époque de l’invasion de l’Espagne par les Maures (XIIe siècle), un sultan se mire dans une flaque d’eau. Or l’eau est rare dans cette région du Sud de l’Espagne et se mirer est aussi s’étonner, d’où l’idée de s’admirer. Plus cela est étonnant, plus cela tient du miracle… De là à se voir comme une merveille… A l’emplacement où le sultan s’est miré, une ville se construit bientôt, que l’on nomme Almeria, à l’époque concurrente de la ville de Grenade.

Oiseau

Du latin avis. Mais qu’est-ce qu’un oiseau? C’est un petit animal qui fend l’air de son aile. Si l’aile, en hébreu, se dit kenaf, en anglais knife signifie « couteau ».

Le mot oiseau a une autre particularité : c’est le seul nom commun de la langue française à posséder toutes les voyelles, articulées autour d’un S qui n’est autre que sa colonne vertébrale. Si quelqu’un parmi vous, chers lecteurs, en trouve un second, qu’il n’hésite pas à me le faire savoir… « Avis » à la population…


Allaitement

Lorsqu’un poisson vient de naître, la mer lui donne le sein.

Amère

Une vague sans sel !

Amphore

De la vase encore et encore !

Anachronismes

Coquilles… âge !

Au-berge

Petite maison au bord de l’eau.

Aumône

Celui qui pratique « l’eau-mône » ne peut en sortir que rafraîchi. C’est la seule eau dans laquelle personne ne se noie.

Bateaux

Seuls ceux qui se mouillent ont une chance d’arriver à bon port.

Blessure

Les mots blessants ne se lavent qu’à l’eau salée, en les jetant à la mer.

Brouillard

Brume mal élevée !

Chambre d’hôtel

Elle a vue sur mer… et ouï-dire !

Contre-nature

Ouragan !

Eau

L’eau, de nos jours, est une source d’inquiétude.

Etang

Un vaisseau sanguin de la mer qui a éclaté.

Etoile

Dans l’« o » est son cœur.

La Mer

Raconte-moi tes réci(f)s !

Maquereau

Trottoir des mers !

Mer

Lorsque la mer se lave, elle laisse longtemps couler l’eau.

Noyade

L’homme s’est noyé dans une vague sensation…

Regard

Lorsque je veux voir loin, je ferme les yeux.

Religieux

 Il ne savait pas où loger : il a pris une chambre d’autel.

Tempête

Les ailes en mouvement d’un azur contrarié.

Titre

La Mer

(écueil de poèmes)

Traîtres

Les traîtres sont comme les crabes : ils sont reconnaissables à leur manière de se tenir toujours de profil, jamais de face.